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Music

23 janvier 2015

Benjamin Clementine ou le cri d’exaltation franco-britannique de la pop

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Written by: bensieuw
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Il est né à Crystal Palace, à Londres. Ses racines se situent au cœur de l’Afrique, au Ghana. Il connu le succès en France, à Paris. Benjamin Clémentine s’impose bel et bien dans le paysage musical français et international en ce début d’année avec la sortie de son premier album At Least For Now, paru le 12 janvier.

La première fois que j’ai vu son nom, c’était sur une banale affiche de métro. Un grand homme fin, aux traits marqués, légèrement de dos, coupe afro discrète entouré d’un décor minimaliste, aux couleurs rouge coquelicot et bleu électrique. Ce choix visuel, il a non seulement attiré mon œil mais a aussi retenu mon attention. Tandis que je notais son nom, je jurais que son genre musical se rapprocherait, à l’écoute, d’une pop-éléctronique décomplexée ou d’un indie-rock atypique, à la manière des travaux d’alt-j. Jamais je ne m’étais autant trompé.

Certains perçoivent dans sa voix des airs de Nina Simone ou d’Anthony Hegarty. Pour moi, elle se situe entre celle d’un Gregory Porter plus jeune, à la formation classique et celle d’un Jimi Hendrix ayant abandonné sa guitare. Son instrument de prédilection, dans lequel il semble exceller tant par la composition que par la maîtrise, c’est le piano. Ses influences, elles se situent entre les Beatles et la musique de chambre. On le classe dans une catégorie soul plutôt indescriptible et pourtant il semble s’en défendre lui-même: « Je n’ai pas l’impression de faire de la soul. On peut le croire parce que je chante seul au piano. Mais en vérité j’ai davantage été inspiré par la musique classique, la poésie, et tout simplement mon passé.

Au final, c’est plus une sorte de pop poétique. » Mais lorsqu’il fait de la pop, Benjamin Clémentine semble être plus proche du génie de Michael que de la niaiserie de la plupart des artistes classés dans ce registre. Un aspect poétique? Cela paraît évident. Ses textes en sont profondément marqués, tout comme ses mélodies. Le piano et sa noblesse comme au service d’un cri d’exaltation à la fois français et britannique associé à une fougue que seules les racines de l’Afrique sont capables de prodiguer.

Un passé fourni, il en a un, mais pas fourni des mêmes merveilles que la plupart des autres artistes. Bien sûr, comme beaucoup, il commença en bas de la falaise. Seulement, sa falaise a lui, elle était comme impraticable, escarpée, périlleuse. Lorsqu’il quitta Londres pour Paris, ce fut non sans mal et son talent et sa volonté n’ont été au départ accueillit que par la rue et le métro. Loin d’en faire un argument de poids lorsqu’il évoque son parcours, il garde cette trace, à la fois forte et tragique et la meut en une passion sans faille, que sa puissance vocale affirme haut et fort. Car la souffrance, il sait l’évoquer avec brio, son ‘Nemesis’ en est une preuve probante; les adieux, ils les rend magistraux avec des titres comme ‘Adios’. À cela il ajoute des vocalises étonnantes, inhabituelles, comme un râle rappelant ses origines. Des souffles, des pulsations labiales, du chant nasal et j’en passe.

Il instaure tous ses sons que la voix humaine a trop tendance à cacher dans la chanson et que seuls les plus grands ont osé utiliser dans leurs plus grands titres. De son accent typiquement londonien, il se sert des meilleures outils de la chanson française au service de textes anglais de qualité. Ces prises de risques, ces différences, il les assume fièrement, pourtant affublé d’un caractère discret et introverti. Humble, fidèle à ce qu’il représente et véhicule, il est aujourd’hui au devant de la scène européenne et peut-être international. D’aucun le comparent à Stromaé, ce qui ne semble pas si stupide. Mais en vérité, leur histoire et leur devenir paraissent aussi proches que leur genre musical.

C’est une formule quasi-pléonastique qui accompagne ce premier LP sorti chez le label Behind: At Least For Now ou littéralement, au moins pour l’instant. Car ce n’est qu’un début pour Benjamin Clementine, et on ne peut qu’être trop lucide lorsqu’on imagine une suite des plus prometteuses. Son adaptation de la formation classique à notre époque est selon toute vraisemblance, la bienvenue. Et pourvu qu’il reste produit en France où le niveau dans ce domaine mérite d’être relevé. Et tant pis pour les Grégoire et autres pop-artistes encensés. Pour l’instant, tout semble bien parti, ce 19 & 20 février, au Trianon, il jouera à guichet fermé.

Ce « Winston Churchill’s Boy » a démarré sa carrière dans le métro parisien, aujourd’hui, il en orne les murs. Comme une image de ce qu’il a traversé, voilà où tout cela l’a mené, au moins pour l’instant.

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About the Author

bensieuw
20 années bien comptées, amoureux de tout ce qui peut s'écouter. Photographe modeste à ses heures perdues, cinéphile, musicien et comédien à temps partiel. Directeur du projet multi-média, artistique & culturel 'curious world.'. Ben', rédacteur musique à The Chemistry Magazine.




 
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